Le berceau sur un catafalque

 

 

 

 

 

Tout ce désert de temps dont on ne peut attraper que deux toutes petites poignées qui nous glissent entre les doigts : Une pour ce qu’on aura rêvé, l’autre pour ce qu’on aura regretté.

Ce temps si précieux et infini qui ne dure pourtant, pour chacun, que le temps d’un clin d’œil de Dieu.

Est-il de celui de notre naissance un jour plus lointain que celui de notre fin ? Où on se demande pourquoi être venu au monde sinon pour l’Amour, l’Amour cette seule raison de vivre qui ne s’apaise que dans la mort.

L’Amour cette renaissance ! La mort ce nouveau départ !

Et si la vie, maintenant, sur terre, était le purgatoire d’une existence antérieure…Alors malheur à qui ne peut pas aimer !

 

 

 

                                                     Gabriel da Luz

                      

                       Poèmes

 

 

 

 

 

 

 

 

Tant de temps, autant d'impatience

Et pourtant en moi l'espérance :

Je devrai pour te mériter

Attendre des éternités.

 

Et quand nous serons enlacés

Mille ans ne seront pas assez

A Dieu, horloger trop pressé,

Pour briser nos cœurs enchâssés.

 

Il faudra, avant l'autre monde,

Dérober des heures aux secondes

Pour que nos âmes réunies

Allongent encore l'infini.

 

Puis, de notre Amour démentiel

Nous ferons un même et seul ciel

Où voyageront à jamais

Ceux qui se sont un jour aimés.

 

 

 

 

 

 

Pour que tu ne m’oublies pas.

 

Je voudrais tant,

Une seule fois,

M’approcher de toi,

Plonger dans tes yeux,

Puis disparaître…

Ne laissant comme image

Qu’un sillage dansant

Pour que tu penses à moi

Quand tu ries et tu danses

En mille temps, mille lieux

 

Je voudrais tant,

Une seule fois,

T’avoir près de moi,

Respirer tes cheveux,

Puis m’évaporer…

Ne laissant comme image

Qu’un sillage d’encens,

Pour que tu penses à moi

Quand tu pries et tu chantes

L’amour de ton Dieu.

 

Je voudrais tant,

Une seule fois,

Te prendre dans mes bras,

Me glisser dans ton cœur,

Puis me dissoudre…

Ne laissant comme image

Qu’un sillage de sang

Pour que tu penses à moi

Quand tu cries et tu pleures

Les âmes sans demeures.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le jardin gris.

 

 

Au-delà des grilles du jardin gris

Le givre fige mes souvenirs dans l’oubli.

Autant de rêves, autant de regrets,

Trop de blessures sur le marbre martelées.

 

                 Tu es mon printemps           Tu es cet instant

                 De rêves non éclos.             Où se noient mes sanglots.

                 Tu es mon hiver                  Tu es la rancœur

                 De larmes de verre.             Qui assèche mon cœur.

 

Le vent sourd chante sur les barreaux froids

Un refrain lancinant qui se languit de toi.

Il brise mon abandon de granit,

Et dans les affres mes espoirs ressuscitent.

 

                  Tu es la complainte              Tu es l’huile sainte

                  Aux notes sucrées                Sur un front infâme,

                  Qui rompt le silence             De pures essences

                  Amer et sacré.                      Qui oignent mon âme

 

L’aube, enfin, dans l’épaisseur âcre,

Illumine les stèles d’or et de nacre.

Puis dissipe mes erreurs exhumées

Dans l’espérance d’une autre vie à t’aimer.

 

                 Tu es la lumière                    Tu es le jour offert

                 D’un ciel de décembre           Qui nait de mes cendres,

                 Criblant la poussière              Un nimbe dans l’enfer

                 De mille éclats d’ambre          D’une heure à t’attendre.

 

 

 

 

 

 

 

Les larmes de sable

 

 

Si le sable du désert pouvait se compter

En autant de jours qu'il faut pour te raconter

Se dévoileraient alors les grands mystères

Qui ont habité les peuples de la terre.

 

Ils creuseraient les vagues d’Ô Ré et dorées

Qui ondulent sur le cœur de mon adorée,

Puis ils arracheraient tous les brûlants secrets

Cachés par Lousiris en son ventre sacré.

 

Moi le fennec  perdu sur ta peau de soleil

Je sais bien que le vent ne serait plus pareil ;

Et puisqu’à t’avoir je ne serais plus le seul,

La mer d’or d’el Amarna serait mon linceul.

 

Souffle, ardent  Khamsin, tu devras protéger

Le précieux trésor que je ne peux partager.

Enfouis au plus profond les canopes bénis

Qui renferment l’Amour dont je suis démuni.

 

Les larmes de sable dévalant les dunes

Ont laissé dans mes yeux un désert de lune,

Et dans la nuit de Nout je gagnerai le droit

De prendre la barque qui mène jusqu’à toi.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                   Le rat et les cerises.

Voici l’histoire d’un rat perdu dans le désert.

Sur le sable brûlant, depuis des jours, il erre.

Il n’a comme pitance

Que le soleil immense,

Et perdu l’espérance

D’aucune délivrance.

 

Quand tout -à-coup se fait, emplissant ses yeux,

L’apparition divine d’un arbre merveilleux.

Sous les branches graciles,

Lui offrant un asile,

Une ombre délicate

Parsemée d’écarlate.

 

Des fruits doux et juteux étanchent ses tourments,

Et notre rat repu s’apaise pour un moment.

Le lendemain alors,

Puis chaque jour encor,

Au rat, venu du ciel,

La manne providentielle.

 

Mais tous les jours qui passent aiguisent son appétit,

Et l’impatient gourmand de la patience fait fi.

Il grimpe sur son sauveur,

Et d’une féroce ardeur,

Comblant sa convoitise,

Il mange toutes les cerises.

 

L’arbre prodigue souillé de l’insolent outrage

Ne donna plus jamais ses délices en partage.

Pour le rat affamé

Aucun fruit désormais.

De l’ami desséché

Nul ombrage à chercher.

 

Puis sans son bienfaiteur

Le rat décline et meurt.

 

Morale :

Trop cupide a tout voulu,

Trop stupide a tout perdu !

 

 

 

                        

 

 

 

 

 

Atoll

 

 

Pour toi ma muse, mon égérie,

Pour toi qui cherche une anse rassurante,

Je ferai des poèmes,

Et encore des poèmes

Pour que tu m’aimes encore,

Encore, et toujours.

 

Je t’écrirai une mer d’encre

Aux rivages pastel,

Turquoise sur le corail,

Purpurine aux profondes apnées.

Tu t’y baignerais

Parmi les poissons ange et les gorgones,

Les amphitryons et les anémones.

Et dans un courant chatoyant,

Ta silhouette opaline,

Ondulant, fluide et lascive,

Enchanterait mon cœur submergé.

 

Ô Dieu,

Que ruisselle de ces doigts

Un déluge de mots tendres.

Que jaillisse une source féconde,

Pour que s’emplissent des pages,

Des pages et des pages,

Où je déclinerai notre Amour

En rimes cristallines

Sur des estampes marines

Couleur de Chine.

 

 

 

 

 

Je soufflerai des tempêtes de mots

Qui s’échoueront en gerbes d’écume

Sur des plages dévastées,

Sur des pages déchirées.

Des mots d’Amour et de folie

Hurlés dans des cornes de brume

Aux quarantièmes rugissants traversés par ma plume.

Des déferlantes furieuses

Creusant des abîmes

À l’étrave de mes pensées

Laisseront sur mes vers des embruns soufrés.

 

Ô Dieu,

Déchaîne dans ces mains

Des cyclones de passion.

Prodigue ton souffle créateur

Pour que s’embrasent des pages,

Des pages et des pages,

Où je déclamerai notre Amour

En prose sibylline

Sur des gravures marines

En ombres de Chine.

 

Puis, nous franchirons les récifs

Pour atteindre l’atoll de félicité.

Nous vivrons dans nos poèmes

Heureux, libres, et bohèmes,

Enlacés dans des rimes d’Amour

Encore, et toujours. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les divagues blondes

 

 

 

Elle est si loin de moi,

Si loin, au bout du monde.

Du monde dont je ne vois

Que les divagues blondes.

 

Epis mordorés,

Dardez votre été

D’hiver en rancune

Je pense à ma brune.

 

Crissez le soleil

Et monts et merveilles,

Moi, dans ma nuit noire,

J’ensile le désespoir.

 

Loin, si loin de là,

Et si proche à la fois.

Loin, de l’autre côté

De la mer chamarrée,

Là, souffrance de sel

Sur ma joue qui ruisselle.

 

Chante, vent d’été

Sur les grains agités.

Danse, vent de l’onde,

Coiffe les mèches blondes.

 

Moi, je chante et je danse

L’infernale cadence

De mon cœur affligé

D’une boucle de jais.

 

Loin, si loin de là,

Et si proche à la fois.

Loin des vagues de miel

Qui caressent le ciel

Là, à portée de joie

D’être ensembles, elle et moi.

 

Venez moissonneurs

Faucher ce bonheur

Pour mon cœur meurtri

En gerbes flétries.

 

Sur la terre chauve

Juillet qui se sauve

Laisse après la taille

Des bigoudis de paille.

 

Elle est si loin de moi,

Tout au bout de l’été.

De l’été jaune et froid

À l’automne enchanté.

 

 

 

 

 

 

 

 

Cœurs symphonie

 

Mon aimée tu as peur,

Tu as peur d’être aimée.

Tu redoutes ce cœur

Qui te veut à jamais.

 

Et pourtant, écoute la douce mélodie,

Laisse-toi onduler en ses tendres méandres.

Pourquoi résister à ces langoureux accords,

Ce fleuve d’ivresse qui inonde ton corps ?

 

Mon aimée tu as peur,

Tu as peur de m’aimer.

Tu redoutes ce cœur

Qui t’a prise à jamais.

 

Je t’en prie, écoute la chaude symphonie,

Laisse-toi déchaîner par ses violents élans.

Faut-il retenir ces cascades d’harmonies,

Ce torrent de passion qui submerge ton lit ?

 

Mon aimée j’ai si peur,

J’ai si peur de t’aimer.

Je connais trop ce cœur

Qui te garde à jamais.

 

 

 

 

 

 

 

 

La complainte du gringo

 

Tu m’as emballé le cœur ma belle squaw,

Y’a un tamtam sous mon poncho,

Mais t’as pas lu dans la fumée

Qu’un visage pâl’ voulait t’aimer.

 

 

Tu m’as transpercé le cœur, mon amazone,

D’un trait de flèche sous l’étoile jaune,

Et j’suis là cloué au totem

À espérer qu’tu m’aim’ quand-même.

 

 

Tu m’as enflammé le cœur, fière cheyenne,

Je me consume de fureur vaine,

De ne pas être celui qui

Pass’ra la nuit sous ton tipi.

 

 

Tu m’as arraché le cœur, cruelle indienne,

Ton tomawak tranche dans ma peine.

Ne restera de cette torture

                Qu’un scalp de plus à ta ceinture.  

 

 

 

 

 

 

 

 

Conquistador

 

 

Tu as fière allure, conquistador,

Avec ton armure de fer et d’or.

Dans tes yeux crânes et durs de matador

Je lis les augures d’une mise à mort.

 

Tu es partie vers de nouveaux rivages

Conquérir un monde frustre et sauvage.

Tu rêves d’aventures sans partage

Sur les terres vierges que tu ravages.

 

Ta devise est inscrite sur la croix

Que seuls s’imposent les princes et les rois.

Tu convertis d’un fil tranchant et froid

Des esprits damnés dans le désarroi.

 

Tu arbores, d’une hautaine élégance,

Le masque équivoque de l’indifférence.

Tes cruels dilemmes et ton arrogance

Sont-ils un reflet ou une apparence ?

 

Que de trouble en l’être que tu tortures,

Que d’amour s’écoule de ses blessures.

Je t’offre le supplicié en pâture,

Fasse que ta lame soit droite et sûre.

 

Tu as fière allure, conquistador,

Avec ton armure de fer et d’or.

Mais sous ta figure de matador

Il est l’âme pure que moi j’adore.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tu m’as tout donné,

Ne me reprends rien.

Pour ne pas être abandonné

Je mangerai dans ta main

Comme un chien fidèle

Qui n’a d’autre écuelle,

Et qui veut seulement être

Le jouet de son maitre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les amants du pont des arts

 

Les doux amants du pont des arts

Ont fait de leurs yeux des miroirs,

Un peu de lui, un peu de lui,

Cette tristesse qui s’enfuit.

 

Ils rient, sans joie, de tous ces gens

Qui de leurs esprits indigents

Ignorent encore que le rose

Deviendra rouge sur la rose.

 

Les doux amants du pont des arts

Se donnent au jour sans peur, sans fard,

Masque de lui, reflet de lui,

Leurs rêves, enfin, quittent la nuit.

 

Ils ont gardé leurs airs d’enfants

A qui on dit : " je te défends",

Et puis vont jeter des couleurs

Sur les murs tors de la douleur.

 

Les doux amants du pont des arts

Ont tous les deux dans le regard

Un tout de lui, un tout de lui,

Tout cet Amour jadis enfoui.

 

Ça ne sera plus comme avant,

Ces mots qu’on dit contre le vent.

Pour eux la vie aura le prix

De ceux qui s’aiment et qui le crient.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dis-moi

 

Dis –moi ce que tu veux, dis-moi ce que tu aimes

Dis le moi que j’exhausse tes désirs extrêmes,

Que j’arrache à la terre les plus rares gemmes

Pour ceindre tes cheveux du plus précieux diadème.

 

Je n’aurai de répit et je n’aurai de cesse

Que de t’avoir comblée au-delà de l’ivresse,

Que d’avoir déposé à tes pieds de princesse

Des trésors fabuleux et toutes les richesses.

 

Dis-moi quels sont les rêves qui mouillent tes yeux

Que j’inonde tes nuits de songes merveilleux,

Dis-moi que tu m’aimes, dis-moi que tu me veux

Pour que j’invente un monde rien que pour nous deux.

 

Et nous ferions des voyages extraordinaires,

Sur la mer, dans les airs et dans l’imaginaire…

Je t’emmènerais au terme de l’univers,

Là où l’Amour est la source de la lumière.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prière


Je veux être l’empreinte de tes pas,

Je veux être le pays où tu vas,


Je veux être le soleil qui brunit ta peau,

Je veux être le frisson de brise qui berce ton repos,


Je veux être le songe de tes nuits blanches,

Je veux être la prière de tes dimanches,


Je veux être le merlin de tes regards magiques,

Je veux être ton refuge mystique,


Je veux être sourd de tes silences,

Je veux être l’écho de tes souffrances,


Je veux être ton dîner de carême,

Je veux être le dessert que tu aimes,


Je veux être le miel qui sucre ta bouche,

Je veux être l’épice qui parfume ta couche,


Je veux être le philtre de tes désirs,

Je veux être ton obsédant souvenir,


Je veux être ton prisonnier à perpétuité,

Je veux être ton linceul d’éternité,


Et puis je veux construire une cabane en bois

Où nous jouerions seuls, toi et moi.

 

 

 

 

 

 

E 202  (Eux, deux sans d’eux)

 

 

 

Je ne veux plus de ce succédané d’amour,

De l’ersatz de bonheur,

Qui me trompait l’esprit et me trempait le cœur

Les nuits après les jours.

 

Je veux la chair,

Je veux le sang,

Je veux le sel de ta peau.

Je veux ton cœur si cher

Et ton corps indécent

Pour des nuits sans repos.

 

Fini les rêves synthétiques,

Les mots en encre sympathique ;

Désormais, j’écrirai mes nuits

Avec du sang et de la suie.

 

Je vais être la pieuvre aux huit cœurs

Qui crache son encre sur les faux semblants,

Et tu auras la preuve à chaque heure

Que la folie fait l’amour aux vrais amants.

 

Fini, l’insipide, le celluloïd,

Je veux des infinités d’étés,

Je veux des hivers torrides.

Le soleil semblera tiède à nos passions brûlantes.

Je veux le plaisir à satiété,

Je veux ton ventre avide

D’orgasmes déchirants dans des étreintes violentes.

 

Je veux du souffre dans mes ventricules

Et que tu souffres dans mes tentacules.

Il n’est pas d’Amour qui ne saigne,

Il n’est pas d’amants que je plaigne.

 

Je vais te faire une vidange de l’hémoglobine

Et tu auras une vie d’ange au goût d’adrénaline.

Je serai Protée, maître des métamorphoses

Et tu seras transportée au cœur de mes névroses.

 

Fini, l’édulcoré, le décoloré.

Je veux du mystique, je veux du profane,

Et approcher Dieu dans un élan insane.

Je veux l’imaginaire, je veux la matière,

Et puis me fondre dans l’ultime lumière.

 

Ils s’en étaient allé

L’âme moribonde.

Sans avoir démêlé

L’écheveau du monde.

Il faut la faim cannibale,

Les désirs fantasques.

Sourit l’envie animale

Derrière le masque.

 

À nous les mystères et les découvertes,

Nous avalerons la terre jusqu’aux secrets du silence.

À nous les promesses des étendues désertes.

Nous tisserons la trame d’un patchwork de démence.

 

À nous de vivre,

Nous, de sang neuf.

 

 

 

 

 

 

La table brûlée

 

Je t’ai souri, tu m’as souri,

Comme deux enfants perdus.

Tu m’as souri, je t’ai souri,

Nous ne voulions rien de plus.

Tant de mots à nous dire dans nos regards confondus.

Nul besoin de parler, nos cœurs avaient déjà tout lu.

 

De la table brûlée

Nos deux vies en fumées.

Sur la table mêlés,

Nos deux cœurs désormais.

 

Souviens-toi, mon Amour,

C’était le premier jour,

Aux clameurs du monde devenus sourds,

Il n’y avait, pour nous, plus rien autour.

Mon Amour, souviens-toi, c’était la première fois,

Et nous savions, déjà, que nous n’aurions pas d’autre choix.

 

Sur la table brûlée

Nos deux cœurs écorchés.

Sur la table volé,

Notre Amour à cacher.

 

C’était hier seulement,

Ou alors il y-a dix mille ans.

Il n’y avait rien avant

Et rien d’autre ne sera sous le vent

Que deux enfants que le temps a séparés,

Que deux Amours qui se sont réparées.

 

De la table brûlée

Notre passé en fumées.

Sur la table scellé,

Notre avenir à s’aimer.

 

 

 

 

 

J’aimerais être bon comme le pain

Pour pouvoir lire dans ton café,

Mais je ne suis, chaque matin,

Qu’une pauvre mouche dans le lait.

 

 

 

 

 

 

 

Le songe d’un gueux.

 

Devant tant de grâce je succombe, Madame.

Mon être tout entier languit de votre charme.

Mais de quel sortilège ce pouvoir étrange ?

Je suis entraîné vers le royaume des anges.

 

Vous m’êtes apparue dans votre antique beauté,

Majesté d’opaline couronnée de jais.

Ô mon Aphrodite est-il pire cruauté

Que votre existence ne pouvoir partager ?

Demeurer là à vous contempler sans jamais

Atteindre l’Olympe où je pourrais vous aimer ?

 

En ce palais, sans doute, vous êtes la reine,

Tout vous ressemble de l’ivoire à l’ébène.

Mais, ni marbre, ni albâtre : Dites pourquoi

Vous êtes prisonnière d’un écrin de bois !

 

Mêlant l’éclat de votre divine beauté

A votre âme exhalée en volutes moirées,

Il ne pourrait être pour moi plus de bonté

Que d’être le  miroir qui vous a capturée.

Permettez, madame, cette insensée prière :

Je voudrais vous inspirer une vie entière.

 

Ces jardins aussi, d’une emprise souveraine,

Répandent votre grisant parfum, Ô ma reine,

Mais pourquoi dans l’eau cristalline des fontaines

Cette lueur adamantine qui me peine ?

 

De la candeur de votre liliale beauté

Emanent des senteurs vivifiantes et mortelles,

Cependant y-a-t-il d’autre félicité

Que d’être à ce poison le flacon éternel ?

Je sais, je ne suis pas votre Adonis, Madame,

Et pourtant je vous aime de toute mon âme.

 

 

 

 

 

Mille siècles à te gagner,

Une seconde pour te perdre.

Mille désirs pour une vie,

Un refus et mourir.

 

 

 

Ciel de névrose, à qui j'impose
La couleur de mon âme,
Je t'ai aigri, tant assombri,
De ma langueur je te blâme.
Vides mes yeux, faute de mieux,
Tombe ma sèche douleur,
Larmes acides, d'un cœur aride,
Noyant le monde de mes pleurs!

 

 

 

Mon Amour, mon Amour,

Y-a-t-il des mots plus doux

Que ceux qui parlent de toi ?

Y-a-t-il des mots plus beaux

Que ceux qui chérissent ton nom ? 

Mon Amour, mon Amour,

Il  est des mots qui saigne

Quand tu éteints mes soupirs

 

 

 

 

 

                     

                          Le lys et le diable

 

 

 

Les autres :        Noces de pénombre,

                         La lâche possession :

                         Une poupée cassée !

 

                         Libre dans la paume,

                         Le sang jusqu'à la lie,

                         Son ventre est une geôle

                         D'où ne s'évade la honte.

 

        Elle :       "Aube viendras-tu

                         À l'heure du trépas

                         Nettoyer l'infâme

                         De tous les êtres chers.

                         Tes volutes parme

                         Chasseront ma rancœur."

 

         Eux :        Larmes de lune :

                         Pleurent dans sa prison

                         Des éclats de porcelaine...

 

                         Il ne sera pire péché

                         Que des yeux neufs qui s'éteignent.

 

 

              Il :      "Chasse de tes nuits l'ignoble bourreau

                         Qui a bordé tes rêves de barreaux.

                         Je ferai des bouquets d'innocence

                         Pour fêter ta nouvelle naissance."

  

 

 

 

 

 Les autres :     Mille est le nombre.

                        Ombres en procession

                        Surgissant du passé. 

 

                        Rôdent les fantômes,

                        Ils ont hanté le lit.

                        Les draps souillés qui la frôlent

                        Ont la douleur de la fonte.

 

         Elle :     "Démons, je vous tue

                        Mais vous ne mourrez pas !

                        Rendez-moi mon âme,

                        Que j'apaise ma chair.

                        Rendez-moi mes larmes,

                        Que je lave mon cœur."

 

         Eux :      Âcre rancune :

                        Son sang est un poison

                        Qui a noirci dans ses veines.

 

                        Elle a rempli sa vie gâchée

                        Du dégoût dont elle saigne.

 

 

             Il :    "Je la trouverai, la balle d'argent,

                       Pour rendre à l'enfer le fiel résurgent.

                       Je vais recoller tes morceaux de cœur,

                       Nous deux en entier, nous serons vainqueurs. »

 

 

 

 

 

 

 

Mon enfant, ma douleur

 

 

 

Mon enfant, mon cœur,

Qui bat ma mesure,

Et qui fait de chaque heure

En ma vie la césure.

 

En toi, en tout, je crois.

Ton sourire est ma foi,

Ton cœur mon Élysée.

Du chapelet brisé

Où j’égrène mes joies

Ton martyre est la croix.

 

Mon enfant, mon leurre,

Mon idylle promise,

Qui offrit au malheur

Son épouse soumise.

 

Ô ma triste hirondelle

Où sont donc tes merveilles ?

Tu as éteints les cieux !

Car on a dans tes yeux

Echangé les soleils

Pour de pâles chandelles.

 

Mon enfant, ma peur,

Je retiens le matin

Avec l’espoir trompeur

D’arrêter le destin.

 

Je prendrai les totems

Et tous les talismans,

J’irai même prier !

Pour ensuite crier

À Dieu qui nous ment

Les plus affreux  blasphèmes.

 

 

Mon enfant, mon enfant,

Mon enfant, mon enfant,

Jamais je ne cesserai

De dire ton nom.

Mon enfant, mon enfant

Mon enfant, mon Amour,

 

 

 

 

 

 

Le voleur de sourires

 

Sa route est tordue de détours.

Il prend des allers sans retours.

Et, jouant les bons apôtres

Pille le bonheur des autres.

 

Un pardessus de mystères

Accroché à la patère :

Il est rentré de voyage

Ses larcins dans les bagages.

 

Tous ses perfides mensonges

Sont un poison qui le ronge.

Il a éteint trop de soleils,

Noir sera sont dernier sommeil.

 

Quittant son monde artificiel

Les yeux cloués sur le ciel;

Pour le meilleur et pour le pire

Part le voleur de sourires.

 

 

 

 

 

 

Laissé pour compte

 

T’as pas une thune ? C’est pour becter.

Vous pensez tous qu’j’suis un poch’tron ;

Un peu d’bonheur à m’humecter,

J’trouve ma raison dans mon litron.

 

Moi, je voyage de banc en banc

A la recherche d’un coin peinard,

Je rêve de voiles et de haubans

Sur une mer ivre de pinard.

 

J’ai beau me paumer sur la lune,

Je me fais pas trop d’illusions,

Ça sera bien la foss’commune

Pour moi la seule destination.

 

 

T’as pas une thune ? Toi qui t’savonne

De jus de rose et de vanille.

Moi, la misère elle m’amidonne

Et m’gratte la mort sous mes guenilles.

 

J’étais comme toi, y’a quelqu’s 'années

J’faisais partie d’l’ «humanité »,

Puis c’est la vie qui m’a vanné,

Qui a squatté ma dignité.

 

J’suis qu’un dommage collatéral,

La vie des autres sera plus belle.

Du monde en surcharge pondéral’

Je ne partage que les poubelles.

 

 

T’as pas une turne, c’est pour pieuter,

Toi qu’es au chaud dans ton coton,

Un bout de drap à me jeter,

C’est pas l’Carlton sous mon carton.

 

Des fois je pionce dans le métro,

C’est plus facile pour nous parquer,

Un long voyage en d’sous d’zéro,

La rame, pour nous, c’est sur le quai.

 

A moi il m’reste ma liberté,

La rue c’est ça mon exutoire,

Demain, faudra juste éviter

D’voir vot’ honte raide sur le trottoir !

 

 

 

 

 

 

Qui suis-je ?

 

Admirez madame l'acrobate

Qui se balance sur ses huit pattes.

Je tisse de la soie pour ma toile,

Un frêle voile sur une étoile.

 

 

En équilibre sur une bulle

Comme un balancier de funambule,

Moi, je suis la belle demoiselle

Qui porte le soleil sur ses ailes.

 

 

Laissez passer la reine du jardin,

Faites attention, je pique les gredins !

Bzz, bzz, je zig et je zag dans le ciel

Pour demain, votre tartine de miel.

 

Les yeux aux bouts de deux cornes pointues,

Une patinette sur la laitue,

On me verra toujours après la pluie

Avec mon cartable glisser sans bruit.

 

Je suis le grain de beauté sur la fleur.

J'ajoute un point rouge à ses couleurs.

Et si doucement vous tendez la main

Je m'y endormirai jusqu'à demain.

 

 

 

 

 

Un dimanche de vil et ratures

 

 

Ecris, écris, écris petit rat.

Gratte, gratte, gratte des pages.

Elle veut te lire, ce que tu pourras,

Tous tes délires, et tous tes mirages.

 

 

'Faut qu'elle mélange, la petite bête,

Tout' la salade qu'il y'a dans sa tête.

Qu'il mette du sucre, du sel, ou du vain,

Il s'ra toujours un piètre écrivain.

 

 

Ecris, écris, écris petit rat.

Gratte, gratte, gratte des pages.

Elle veut des mots dix-huit carats,

Plein de trésors dans tes messages.

 

 

Il joue de riens et d'enfantillages,

Puis d'une croute il fait un fromage.

Quand il vous gave de phrases idiotes

C'est bien un cœur perdu qu'il grignote.

 

 

Ecris, écris, écris petit rat.

Gratte, gratte, gratte des pages.

Elle veut entendre des airs d'opéra.

Elle veut des sourires accrochés aux nuages.

 

Il fait les yeux doux et puis il roucoule.

Il vendrait du vent pour gagner un kiss cool.

Méfiez-vous donc petite maîtresse;

Tous ses mots tendres ne sont que caresses.

 

 

Ecris, écris, écris petit rat.

Gratte, gratte, gratte des pages.

Elle veut te lire ou elle partira

Te laissant seul au fond de cage.

 

 

 

 

 

 

Hymne au bonheur

 

Que des jardins de rêves se réveillent en couleur,

Que les tables se couvrent d’abondance,

Qu’on enfouisse des trésors pour que germe la richesse,

Marins, rentrez au havre !

Soldats, jetez les armes !

 

Que les pauvres s’enivrent d’or,

Que résonnent les temples,

Que les prélats se signent !

Souverains, prosternez-vous !

Impies, buvez au calice !

 

Qu’on inonde les déserts,

Que l’obscur s’illumine,

Que le ciel s’ouvre pour nous !

Le monde est devenu beau

Parce qu’elle m’a dit : « je t’aime ».

 

 

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